Lors d’un mouvement étudiant, la grève est positive car elle libère du temps pour lutter, s’organiser et se coordonner, et parcequ’elle a un impact au niveau médiatique et symbolique ( vis à vis de la bonne image que veut se donner l’université ). De plus, le fait que de nombreux étudiants se déclarent grévistes peut amener des gens extérieurs au mouvement et pas toujours bien informés à se poser des questions sur les raisons qui nous poussent à en arriver là.
Pourtant une grève étudiante a souvent moins d’impact qu’une grève dans le monde du travail, car contrairement aux salariés d’une entreprise, les étudiants ne génèrent pas de profits pour ceux qui mènent la barque. Du coup ceux-ci sont prêts à faire moins de concession que lorsque des enjeux économiques entrent en ligne de compte ( ceci dit, des salariés comme les profs ont le même problème puisqu’ils ne produisent pas de profits non plus ). Bien entendu, la contrepartie est qu’une grève faite par des salariés sur leur lieu de travail est beaucoup plus risquée pour eux que ne l’est une grève chez les étudiants. Retraits des jours de grève sur les salaires, sanctions diverses, restriction du droit de grève… tout va être mis en place par les dirigeants pour minimiser les dommages sur l’entreprise. Pour les étudiants, la grève, dans la mesure où elle comporte moins de risques, doit donc être mise à profit pour organiser des actions qui vont réellement gêner les dirigeants.
Un mouvement étudiant ne peut donc pas se limiter à un arrêt du travail pour faire pression et satisfaire ses revendications. D’autres moyens d’actions doivent être mis en place en parallèle pour peser et rendre le mouvement dérangeant pour les décideurs.
Ce tract a donc pour but d’amener quelques pistes de réflexion sur les moyens que les étudiants peuvent se donner pour mettre sous pression les décideurs, que ce soit au niveau gouvernemental, où les réformes se décident et au niveau de la direction de l’université, où sont discutées leurs modalités d’application, ou encore sur des luttes locales de moindre envergure ( voire la lutte actuelle des étudiants de Caen sur leurs problèmes de logement ).
Les instances représentatives ?
Faut-il s’en remettre aux « représentants » de toutes sortes ( délégués, élus étudiants, etc. ), censés répercuter notre point de vue dans les instances décisionnelles ? Cela ne semble pas très réaliste : primo, ils n’ont pas réellement leur mot à dire ( voix consultative dans certaines instances comme les conseils d’UFR, et représentation extrêmement minoritaire ), secundo rien ne permet de contrôler ce qu’ils disent ou votent en notre nom ( une fois élus, rien ne les empêche de transgresser les positions sur lesquelles ils ont été élus, positions que nous n’avons jamais décidé ensemble ). Ils ne représentent bien souvent que leur propre intérêt ou celui de leur syndicat ou association, et servent de caution à l’administration pour pouvoir prétendre que les étudiants « ont la parole » et ainsi, contester notre droit à refuser les décisions qui sont prises dans notre dos.
Les actions symboliques ?
La manifestation de masse est souvent un bon moyen de faire parler du mouvement, de se faire voir, d’unir tous ceux qui luttent à un moment et sur un lieu précis, de réunir des mouvements qui portent sur des secteurs ( professionnels, géographiques ) ou des revendications différentes.
Cependant la manifestation ne pèse pas beaucoup dans la balance, et en règle générale les dirigeants s’en balancent. En effet, elle est l’expression d’une opposition qui ne se traduit pas forcément en actes concrets ( beaucoup de manifestants ne signifie pas nécessairement beaucoup de personnes mobilisées sur le terrain de la lutte ). Quant à la manif en elle même, elle ne fait au mieux que perturber la circulation quelques heures et mobiliser quelques flics. De plus, les manifs à répétition ont tendance à épuiser physiquement et moralement le mouvement, justement car elles ne débouchent sur rien de concret. Il en va de même pour toutes les actions à but uniquement symbolique, qui travaillent l’image sans s’attaquer aux intérêts matériels des décideurs.
Il est également important de ne pas focaliser notre énergie sur les journées « d’action nationale », qui concentrent la lutte sur des moments et des lieux précis alors qu’elle est plus efficace si on lui donne les moyens d’être constante et diversifiée sur le lieu d’activité.
L’action directe ?
Le rapport de force nécessaire pour faire aboutir nos revendications se situe dans la mise sous pression des instances dirigeantes. En effet, les seules actions capables de mettre réellement en échec les décisions que l’on veut nous imposer sont celles qui frappent directement les intérêts des décideurs, lorsque les étudiants agissent sans intermédiaires.
Empêcher le bon fonctionnement de l’université et s’attaquer à l’image qu’elle voudrait donner peut pousser l’administration à céder ou à accepter de négocier pour mettre fin à une situation gênante.
Il est bon par exemple de se tenir au courant des réunions officielles où se prennent les décisions ( conseils d’administration et d’UFR ) car si le rapport de force est suffisant on peut les envahir et les bloquer régulièrement jusqu’à ce que nos exigences soient satisfaites, ce qui est très handicapant pour la gestion de l’université.
Dans la même optique, on peut envisager d’occuper des locaux stratégiques ( présidence, secrétariats, bureaux voire, mais c’est une action de plus grande ampleur, l’inspection académique… ), en établissant une rotation des occupants et des actions quand il s’agit de luttes qui s’inscrivent dans la durée. Ceci dit, il est inutile de chercher la répression : il vaut mieux se retirer quand on a pas le rapport de force, quitte à changer de cible ensuite. Face à la possibilité de répression, être en lien avec des avocats, connaître ses droits en cas d’arrestation; faire passer des brochures explicatives sur le sujet est utile et permet d’agir consciemment.
À plus grande échelle, l’occupation de la faculté en elle même et son blocage sont encore plus dérangeants, car ils perturbent partiellement ou totalement l’ensemble de son fonctionnement. Elle permet aux étudiants de s’approprier leur lieu de travail, facilite grandement leur coordination, et elle met sous pression les dirigeants en sapant l’image de marque du lieu qu’ils sont censés gérer et les empêche d’assumer leur responsabilité dans la bonne tenue des cours ou des examens ; surtout à l’heure où les étudiants sont de plus en plus considérés comme des clients.
Bien expliquer la démarche…
Les actions de blocage qui empêchent les étudiants de suivre leurs cours dans des conditions normales sont délicates à mener car elles sont souvent mal perçues par les non-grévistes. Il est donc très important d’expliquer ( par le biais de tracts, d’affiches ou de débats par exemple ) le but de l’action et de sensibiliser sur le fait que ces initiatives sont réalisées dans l’intérêt de tous, et que ce n’est pas une manière de « prendre en otage » qui que ce soit ( argument idéologique anti-gréviste martelé par les grands médias ). La communication est essentielle : par ce genre d’actions on peut rapidement être considérés comme des « fouteurs de merde » et se mettre à dos une bonne partie de ceux qui ont le même intérêt que nous à voir aboutir les revendications, et ce n’est évidemment pas le but du jeu. Quand une action « coup de poing » qui pourrait être mal perçue a lieu, il est important d’argumenter la démarche.
Tisser des liens, fédérer nos luttes…
L’union fait la force, c’est pourquoi il est important de ne pas s’enfermer dans son secteur, et de développer quand c’est possible des actions et réflexions communes avec d’autres mouvements ou d’autres catégories touchées par le même type de problème ( la décentralisation par exemple, ne touche pas que le secteur étudiant, loin de là ). La solidarité interprofessionnelle et entre les différents secteurs ( ex. : étudiants, personnels IATOSS, profs ) d’une même branche d’activité ( comme l’éducation ) renforce l’efficacité de nos actions. Elle s’exprime par des AG communes et des actions unitaires. De même, sensibiliser les lycéens, dont beaucoup sont de futurs étudiants, peut avoir un certain impact.
Le sabotage… au sens large.
Enfin, un bon moyen de faire pression peut être le sabotage. Bien sûr il ne s’agit pas là de dégradations ou de vandalisme gratuit, mais d’actions ciblées permettant de gêner le bon fonctionnement de la faculté ou sa communication vers l’extérieur. Par exemple, le détournement de campagnes d’affichage de la faculté, ou le blocage du système informatique intranet… Bref, il s’agit encore une fois de montrer notre détermination à jouer les troubles-fêtes tant que nos revendications ne seront pas prises en compte. Bien sûr, pour que ces actions soient efficaces, il faut qu’elles soient le fruit de la volonté de l’ensemble des grévistes, pour montrer qu’il ne s’agit pas du fait d’une poignée d’agitateurs isolés mais de l’ensemble des gens en lutte. Il est important de les décider collectivement car elles peuvent là encore donner une mauvaise image des grévistes, ce n’est donc pas une décision à prendre à la légère. On peut aussi essayer d’organiser des sabotages qui bénéficient directement aux étudiants ou aux travailleurs ( par exemple la gratuité du restaurant universitaire ). Une fois la décision prise, la mise en pratique doit évidemment être la plus discrète possible car cette forme de lutte est bien sûr illégale et donc risquée. Enfin, saboter, c’est aussi se donner la possibilité de contrer la désinformation provenant des décideurs, en faisant passer notre point de vue : les réunions-conférences organisées par la présidence pour rassurer et endormir les étudiants méritent souvent d’être perturbées par exemple, ou alors plus simplement l’affichage, le tractage massif, les interventions en début de cours pour expliquer pourquoi nous luttons.
Ces exemples d’actions à mener sont loin d’être exhaustifs, ce ne sont ici que quelques pistes et ce tract n’a pas d’autre ambition que d’en répertorier quelques unes en pesant le pour et le contre. Une chose est sûre, la construction d’une lutte efficace passe nécessairement par la mise en place d’un rapport de force avec les instances dirigeantes, et seule l’expression de notre détermination à ne rien se laisser imposer pourra les faire reculer. Mais ces actions n’auront pas de poids réel si elles ne sont pas décidées et mises en pratique collectivement, car il faut bien montrer que c’est un mouvement de lutte qui en est à l’origine et non quelques excités. Enfin, pour qu’elles soient efficaces, il ne faut pas les voter sans être sûrs d’avoir les moyens de les mettre en œuvre, car voter des choses que l’on ne sera pas capables de tenir décourage tout le monde et nous décrédibilise.
CONSTRUISONS LE RAPPORT DE FORCE POUR LA SATISFACTION DE NOS REVENDICATIONS !
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